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L’école de Copenhague et la crise du langage scientifique

Published Jan 1, 2022• 0 citations
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En s’intéressant à l’atome, la physique quantique a bouleversé notre vision du monde. Face à une réalité insaisissable, le langage classique, adapté à la physique elle aussi classique, a montré ses limites. Au-delà des problèmes proprement scientifiques s’est posée la difficulté de la communication de la pensée dans le cadre des nouveaux paradigmes. Il n’est pas exagéré de parler d’une crise du langage qui a poussé certains à se réfugier dans les mathématiques, seule et ultime langue de la science. Bohr, figure majeure de cette révolution scientifique, a tenté à l’inverse de se servir des mots, malgré leur insuffisance, pour essayer de cerner le monde microscopique de l’atome. Plutôt que de chercher une description unique, il a proposé de mobiliser des points de vue contradictoires, comme autant de facettes d’une même réalité inaccessible. À l’instar des poètes comme Francis Ponge, les physiciens comme Niels Bohr ont choisi de travailler (de jouer?) avec les mots afin de convoquer des images mentales pour rendre tangible l’étrangeté du monde et exprimer l’ineffable.

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En s’intéressant à l’atome, la physique quantique a bouleversé notre vision du monde. Face à une réalité insaisissable, le langage classique, adapté à la physique elle aussi classique, a montré ses limites. Au-delà des problèmes proprement scientifiques s’est posée la difficulté de la communication de la pensée dans le cadre des nouveaux paradigmes. Il n’est pas exagéré de parler d’une crise du langage qui a poussé certains à se réfugier dans les mathématiques, seule et ultime langue de la science. Bohr, figure majeure de cette révolution scientifique, a tenté à l’inverse de se servir des mots, malgré leur insuffisance, pour essayer de cerner le monde microscopique de l’atome. Plutôt que de chercher une description unique, il a proposé de mobiliser des points de vue contradictoires, comme autant de facettes d’une même réalité inaccessible. À l’instar des poètes comme Francis Ponge, les physiciens comme Niels Bohr ont choisi de travailler (de jouer?) avec les mots afin de convoquer des images mentales pour rendre tangible l’étrangeté du monde et exprimer l’ineffable.
Résumé Jacques Solomon (1908-1942) fut un physicien théoricien dont la carrière fut brève mais dense. Gendre de Paul Langevin, il participa à ses côtés au sursaut rationaliste des années 1930 et fut un militant marxiste qui s?intéressa de près à l'application du matérialisme dialectique dans le domaine de la recherche scientifique. Il prit part au débat engendré par l'interprétation de la théorie quantique, dont l'assimilation en France fut lente et difficile. Formé à l'école de Copenhague mais matérialiste convaincu, il tenta de concilier plusieurs courants de pensée afin d?apporter une réponse au difficile problème de l'indéterminisme.
RESUME. — La notion de Complémentarité proposée par Bohr en 1927, au moment de la première discussion publique de la nouvelle « mécanique quantique », est presque toujours présentée comme la solution mal définie et superficielle de difficultés fondamentales, qu'elle contribuerait à éluder. L'objet de cet article est de montrer, au contraire, que l'Interprétation de Copenhague, pour laquelle la Complémentarité est un concept central, posait dans toute sa complexité le problème de la relation du langage naturel aux objets de la physique, désignés par le terme de « phénomènes atomiques ». C'est ce problème qui donne lieu à un paradoxe, qui à son tour engendre une distinction entre deux notions de réalité physique, qu'il faut définir soigneusement. Dans ce contexte, la complémentarité devient une sorte de garantie, imparfaite mais nécessaire, de la cohérence du discours ordinaire (non formalisé) de la physique. Elle compense l'impossibilité de trouver un langage quantique adéquat à des objets qui ne se présentent plus comme des choses du monde ordinaire.