Challenges
Datasets
Workspaces
Papers
Discussions
Leaderboard
Log inSign up
Challenges
Datasets
Workspaces
Papers
Discussions
Leaderboard
Blog
Job Board
Q3AS

© 2026 Aqora Quantum S.A.S.

TermsPrivacyLegal Notice

L'Action à distance — Des Principia à la seconde révolution quantique

Éric Picholle

Published Jan 1, 2024• 0 citations
OpenAlex

Abstract

Des Principia à la seconde révolution quantique Éric PicholleLe problème était : mais qu'est-ce qui fait tourner les planètes ?[Au Moyen-Âge], l'une des théories envisagées était que des anges invisibles les poussaient en avant en battant des ailes.Vous verrez que cette théorie a été modifiée.On sait désormais que les anges ne doivent pas voler dans la direction qu'on pensait et qu'ils n'ont pas d'ailes.À part ça, c'est une théorie assez similaire !Richard Feynman (1962) 1Enfin, après cinq chapitres d'histoire médiévale, Newton vient. 2 L'histoire du concept d'action à distance, désormais pleinement compris et maîtrisé, pourrait presque s'arrêter làdu moins aimerait-on le croire… Un rapide rappel de quelques éléments de mécanique classique de lycée, peut-être de quelques ajustements einsteiniens, mais qui ne feraient que renforcer la robustesse des conceptions newtoniennes, ultra-majoritaires dans notre imaginaire scientifique collectif, et on pourrait conclure.Mais Béatrice Delaurenti et Nicolas Weill-Parot ont eu l'imprudence de demander à un physicien, quanticien par surcroît, de retracer l'histoire des débats sur l'action à distance, depuis Newton jusqu'à nos jours.L'objet de ce dernier article est donc de montrer d'une part que, loin de clore les débats dans la communauté physicienne, la vision newtonienne a été très discutée, en particulier au XIX e siècle ; et d'autre part comment les deux grandes révolutions de la physique au XX e siècle, les théories einsteiniennes de la relativité et la mécanique 1.Richard Feynman, Ralph Leighton & Matthew Sands, « The Theory of Gravitation », in The Feynman Lectures in Physics, vol. 1, §7, Addison Wesley éd., 1964.En toute rigueur, dans la philosophie médiévale, les anges n'ont pas d'ailes, mais sont définis comme des substances spirituelles séparées.Mais Feynman s'amuse à imaginer des anges newtoniens cachés derrière les planètes et les poussant vers le soleil, quand leurs homologues aristotéliciens voleraient dans la même direction qu'elles pour les pousser dans le sens du mouvement.Accessible en ligne : https://www.feynmanlectures.caltech.edu/I_07.html(mars 2023).2. « Enfin Newton vient, le grand Newton, qui découvre la loi de l'attraction universelle et en déduit la démonstration mathématique des lois de Kepler.» Discours de réception de Marcellin Berthelot à l'Académie Française, 2 mai 1901.Action à distance -art É. Picholle.v. 304 /33 2 quantique, nous ont forcés à revoir en profondeur notre compréhension de l'action à distance, au prix parfois de bricolages conceptuels assez vertigineux, et peut-être soulevé plus de questions encore qu'elles n'en ont résolu…1. L'action à distance après Newton 1.1 Les Principia Ouvrage paradigmatique par excellence, les Principes mathématiques de philosophie naturelle d'Isaac Newton 3 (1687) n'en constituent pas moins un livre profondément ambigu.Un demi-siècle après que les Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo 4 (Galilée, 1632) et le Discours de la méthode 5 (Descartes, 1637) avaient ouvert la voie à une science en langage vernaculaire, donc à une nouvelle génération de savants et même déjà d'ingénieurs laïcs, ils sont écrits en latin.La première traduction anglaise, due à Andrew Motte, n'est publiée qu'en 1729, et la traduction française d'Émilie du Chatelet en 1756.D'autre part, Newton retranscrit délibérément ses démonstrations mathématiques, pour lesquelles il avait inventé le calcul différentiel, dans le langage de la géométrie analytique, sous une forme souvent difficile, voire parfois absconse.Il en va de même des interprétations sous-jacentes, et tout particulièrement en ce qui concerne l'action à distance.Alors même que les Principia suivent une approche ostensiblement axiomatique et s'ouvrent sur une série de huit définitions, dont trois concernent différents types de forces (celle « qui réside dans la matière », vis insita [i.e.l'inertie] ; la « force imprimée », vis impressa ; et la « force centripète », vis centripeta 3a ), l'attraction gravitationnelle, qui fait aujourd'hui la gloire de Newton, n'est jamais explicitement élucidée, ni même nommée, sauf pour se défendre d'employer le terme 6 .La onzième section, « Du mouvement des corps qui s'attirent mutuellement par des forces centripètes », s'ouvre même sur un caveat : Je vais expliquer les mouvements produits par ces forces que je nomme attractions, quoique peutêtre je devrais plutôt les appeler impulsions [Impulsus], pour parler le langage des Physiciens ; mais 3. I. Newton, Principes mathématiques de la philosophie naturelle (Philosophiae Naturalis Principia Mathematica, 1687) ; Paris : Dunod, 2005, trad.É. du Chatelet.(a) pp.3-4 ; (b) p. 122 ; (c) pp.4-5. 4. Galilée, Dialogue sur les deux grands systèmes du monde (Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo, 1632) ; Paris :

Related papers

La physique continue

M. Lachièze-Rey

La physique newtonienne introduit un espace et un temps continus, mais considère la matière, décrite en termes corpusculaires, comme discontinue. Les théories de la relativité représentent aussi l'espace-temps comme un continuum. La nature de la lumière a été source de discussions depuis avant le XVIIème siècle : est-elle constituée de particules, comme le suggérait Newton, ou bien d'ondes ? Cette dernière conception impliquait cependant l'existence d'un éther électromagnétique, dont les propriétés restaient indéterminées. Telle était la version électromagnétique du débat continu / discontinu. Au début du XIXème siècle, l'interférométrie suggéra de considérer la lumière comme une onde, plus précisément une onde électromagnétique : une victoire de la vision continue. Mais au début du XIXème siècle, la révolution quantique introduisit une vision entièrement nouvelle, qui rendit caduque les descriptions de la lumière en termes d'ondes [classiques] ou de particules. Il fallait la décrire par de nouvelles entités, fonctions d'onde ou champs quantiques. Il apparut ensuite que l'on devait décrire la matière de la même manière. Dans un sens, le débat continu / discontinu était résolu : les deux aspects étaient présents dans la matière ou dans le rayonnement, tous deux quantifiés. Du point de vue mathématique, la situation peut être décrite géométriquement, sous forme de la géométrie non commutative, ou bien algébriquement, par l'emploi d'opérateurs. L'histoire ne se termine pas là. Différents arguments suggèrent que notre description actuelle de la nature n'est pas satisfaisante, et que nous devons chercher une théorie physique plus complète et plus unifiée. La plupart des physiciens estiment qu'elle doit impliquer une quantification de la gravitation, sous une forme ou sous une autre. Celle-ci pourrait se présenter comme une quantification de la géométrie elle-même. Ceci motive une grande part de la recherche actuelle en physique fondamentale, qui considère différentes approches : géométrie quantique, gravité en boucles, réseaux de spin ou réseaux causaux, triangulation dynamiques ... Chacune introduit de nouvelles conceptions de l'espace et du temps, ou ces entités géométriques apparaissent quantifiées ; comme la matière dans la théorie quantique originale, elles incorporent des caractéristiques continues et discontinues. Nous ne savons pas si l'une de ces théories se révélera adéquate. Les travaux continuent.

Intellectica Revue de l Association pour la Recherche Cognitive•Jan 1, 2009•0 citations

Sur la théorie des quanta

H. Poincaré

On sait à quelle hypothèse M. Planck a été conduit par ses re- cherches sur les lois du rayonnement.D'après lui, l'énergie des ra- diateurs lumineux varierait d'une manière discontinue, et c'est ce qu'on appelle la théorie des Quanta.Il est à peine nécessaire de faire remarquer combien cette conception s'écarte de tout ce qu'on avait imaginé jusqu'ici ; les phénomènes physiques cesseraient d'obéir à des lois exprimables par des équations différentielles, et ce serait là, sans aucun doute, la plus grande révolution et la plus pro- fonde que la philosophie naturelle ait subie depuis Newton.Je ne parlerai pas des difficultés de détail, elles sautent à tous les yeux et M. Planck est le premier à s'en préoccuper.Peut-on néanmoins échapper à cette conséquence ?Bien des per- sonnes l'ont pensé; lors du récent Congrès de Bruxelles, M. Nernst m'avait communiqué certaines suggestions ; il pensait qu'on pourrait rendre compte des faits, en supposant que les masses, au lieu d'être constantes comme dans la mécanique classique, au lieu de dépendre seulement de la vitesse, comme dans la mécanique nouvelle fondée sur le principe de relativité, soient dépendantes à la fois des compo- santes de la vitesse et de celles de l'accélération.Ce sont ces suggestions de M. Nernst qui m'ont déterminé à entreprendre ce tra- vail, et je dois dire tout de suite que j'ai été conduit à répondre négativement à la question posée par l'éminent physicien.M. Planck se représente le rayonnement des solides comme dû à un très grand nombre de résonnateurs hertziens.Chacun de ces réson-

Journal de Physique Théorique et Appliquée•Jan 1, 1912•41 citations

Interprétations et significations en physique quantique

Michel Paty

Le débat sur l'interprétation de la mécanique quantique est, aujourd'hui, sensiblement différent de ce qu'il était dans la période de «fondation» de cette théorie. Cette modification tient à deux causes : l'ancrage des conceptions quantiques dans la pensée des physiciens, favorisé par l'utilisation systématique et fructueuse de la théorie quantique en physique atomique et subatomique, d'une part et, d'autre part, les développements théoriques et expérimentaux survenus au cours des vingt dernières années, qui ont amené à considérer comme des faits physiques des énoncés qui paraissaient naguère relever davantage de l'interprétation, avec liberté d'options, voire de la spéculation. Quelle est la signification des énoncés et des concepts théoriques de la physique quantique ? et comment celle-ci s'est-elle modifiée ? Qu'entend-on par «interprétation» ? Telles sont les questions qui servent de guide à ce travail. Nous nous proposons de clarifier ce qui, dans les questions de signification, relève respectivement de la physique (essentiellement les contenus conceptuels et théoriques), et de perspectives philosophiques. Cette distinction est plus nette aujourd'hui qu'elle ne l'était au moment de l'établissement de la mécanique quantique, ce qui permet d'approfondir notre compréhension de chacun de ces deux aspects, qui s'enrichissent mutuellement de cette clarification. Nous nous interrogeons, pour terminer, sur ce que peut être une conception réaliste en termes d'un «monde d'objets quantiques».

Revue internationale de philosophie•Jan 1, 2000•9 citations

Richard Feynman and quantum mechanics : genesis, development and longevity of the concept of path integral

Alain Bousselin

Après le bouleversement à la fois intellectuel et philosophique qu'ont suscité la théorie des quanta et celle de la relativité restreinte, le vingtième siècle a été confronté au besoin d'approfondir la nature exacte des interactions fondamentales.La contribution du physicien Richard Feynman (11 mai 1918 - 15 février 1988) dans l'étude de ces interactions concerne notre travail. Pour cela Feynman suggéra, avec beaucoup d'audace, la formulation mathématique des intégrales de chemins.Les travaux de Feynman en mécanique quantique à travers la genèse, le développement et la pérennité du concept d'intégrale de chemins constituent l'objet de notre thèse.La thèse est structurée en neuf chapitres:Le premier chapitre se situe entre 1900 et 1941 et concerne la partie historique de la mécanique quantique. Nous trouvons aussi li description d'un panorama complet (1927 à 1941) des problèmes de cette nouvelle physique associée au couplageentre les champs électromagnétiques et les charges électriques au niveau quantique.Le deuxième chapitre se situe entre 1935 et 1939 et correspond à la période pendant laquelle Feynman est étudiant au Massachusetts Institut ofîechnology. Il met en valeur la manière dont Feynman s'est construit, afin de comprendre lanature de l'homme, son mode de pensée et son originalité. Il permet de déceler l'origine de sa motivation en prenant acte de ce qui ne le satisfaisait pas dans les théories quantiques de l'époque.Le troisième chapitre est situé dans la période allant de 1939 à 1941. Il correspond aux années de Feynman à Princeton en vue d'obtenir son doctorat. Nous traçons en détail l'histoire de ses différentes étapes de recherche qui vont peu à peu l'orienter vers la découverte de l'intégrale de chemins en terminant par la manière dont il retrouve en 1941 l'équation de Schrodinger.Le quatrième chapitre montre les réflexions et le travail de Feynman concernant la construction de l'action qui fera l'objet de sa thèse de doctorat présentée en juin 1942 et d'autre part comment il relie la fonction d'onde au Lagrangien afin de voir se dessiner tout naturellement la notion de chemins d'une particule dans l'espace-temps.Le cinquième chapitre couvrant une période allant de 1942 à 1948 est focalisé sur l'idée pour Feynman de bâtir un nouveau formalisme en mécanique quantique, basé sur la construction d'une intégrale comprenant comme variable d'intégration une fonction représentant tous les chemins que peut prendre une particule dans l'espace-temps.Le sixième chapitre concerne les deux importantes publications de septembre 1949 qui consistent en la mise en forme de dessins permettant de visualiser l'intégrale de chemins . Nous montrons aussi la méthode de calcul allouée à ces diagrammes.Dans le septième chapitre, nous examinons les travaux de divers mathématiciens (de 1951 à 2020) qui tentent d'apporter un cadre rigoureux aux intégrales de chemins selon différentes approches.Les huitième et neuvième chapitres sont dédiés à la recherche et à l'étude de la pérennité de l'intégrale de chemins respectivement d'une part à travers la théorie quantique des champs et d'autre part à travers les travaux en mathématique pure pouvant faciliter des connexions entre leurs différentes branches, allant même jusqu'à extrapoler des nouveaux points de vue.

•May 27, 2021•0 citations

La physique quantique au regard de la physique classique et de la physique dans l'Antiquité

Iraj Nikseresht

La physique moderne, notamment la theorie des quanta et la decouverte de Max Planck a souleve une serie de problemes tres generaux d'ordre strictement physique, mais qui ont oblige les physiciens a sortir du cadre etroit de leur discipline et a reprendre a leur compte certaines grandes questions philosophiques. N. Bohr, W. Heisenberg, W. Pauli, M. Born, P. Dirac, P. Jordan et J. Von Newmann ont ete les principaux artisans de la mecanique quantique et des partisans de l'interpretation dite de M. Planck, A. Einstein E. Schrodinger et L. De Broglie ont aussi apporte des contributions essentielles a la theorie quantique, en s ' opposant a l' interpretation de Copenhague. Aux yeux de Heisenberg et de Bohr, la naissance de la physique quantique est apparue comme une revolution radicale dans les concepts sur lesquels la description de la Nature avait ete fondee jusqu' alors. Ce fut un nouveau fondement de la science de la Nature selon W. Heisenberg, qui soulignait la rupture reelle dans la structure de la science, voir le changement apporte dans la realite , qui exigeant une reflexion retrospective sur l' ensemble de la science et de la philosophie moderne; et Schrodinger evoquait non sans lyrisme l'attitude passionnante, neuve et revolutionnaire . Cela explique le recours a la philosophie qui a reuni et oppose les differents fondateurs de la theorie quantique. Des philosophes aussi differents que Kojeve, Heidegger, Cassirer, Hermann, Carnap, Reichenbach, Meyerson ou Bachelard ont fait de la physique quantique un sujet central de preoccupation; on trouve dans leurs oeuvres des references explicites a la physique quantique. On se propose de parler ici de Heisenberg qui est de tous les fondateurs de la mecanique quantique celui qui parle le plus et le plus precisement des grecs. Il parle des presocratiques (qu'il lit a travers Nietzsche) de Democrite et de Platon, enfin d' Aristote, qui est a ses yeux, le philosophe qui permet de penser, grâce a la notion de puissance, le probleme de la transition possible a l'acte. Dans ce travail nous allons parler des liens historiques entre la physique quantique et la physique au cours de 1 'histoire. Ces liens sont surement plus interessants pour l'historien que pour le physicien, mais le physicien peut aussi, en s'interessant aux autres anciens, avoir des intuitions qui l'aident a resoudre certaines des problemes qu'il rencontre aujourd'hui

•Jan 1, 2003•0 citations

L’objectivité et le phénomène : une étude philosophique et historique du concept de causalité à la lumière de la physique relativiste et quantique

Guilhem Golfin

La question de la causalite a ete centrale dans les discussions qui ont accompagne l'invention des nouvelles theories physiques dans les premieres decennies du XXeme siecle, la Theorie de la relativite et la Mecanique quantique. Celles-ci en effet ont remis en cause soit la forme de la causalite physique telle qu'elle etait concue dans le cadre de la mecanique classique, soit meme la pertinence de la causalite comme telle. Or, l'intelligibilite de la nature semblait jusque-la intrinsequement liee a cette forme causale classique, et a plus forte raison a la causalite en soi. On estimait en effet que la causalite classique avait apporte la clarte dans une matiere reputee etre restee confuse chez les philosophes. Les inflexions radicales introduites par les nouvelles theories physiques conduisent donc a questionner l'intelligibilite scientifique, et dans le meme mouvement la nature et la signification de la causalite telle qu'elle est comprise par la science physique. L'etude de l'œuvre de quelques-uns des fondateurs de ces theories fait ressortir que la causalite est dans cette perspective une relation ideale qui a pour fonction d'assurer l'objectivite du discours scientifique. A ce titre, elle ne saurait etre tenue pour une propriete du reel, mais doit etre comprise comme une categorie hermeneutique. Elle opere dans le cadre d'un discours qui se concoit comme une mise en forme de phenomenes, et qui ne trouve de sens que par et dans la negation d'un ordre en soi de la nature.

•Jan 1, 2014•0 citations
Des Principia à la seconde révolution quantique Éric PicholleLe problème était : mais qu'est-ce qui fait tourner les planètes ?[Au Moyen-Âge], l'une des théories envisagées était que des anges invisibles les poussaient en avant en battant des ailes.Vous verrez que cette théorie a été modifiée.On sait désormais que les anges ne doivent pas voler dans la direction qu'on pensait et qu'ils n'ont pas d'ailes.À part ça, c'est une théorie assez similaire !Richard Feynman (1962) 1Enfin, après cinq chapitres d'histoire médiévale, Newton vient. 2 L'histoire du concept d'action à distance, désormais pleinement compris et maîtrisé, pourrait presque s'arrêter làdu moins aimerait-on le croire… Un rapide rappel de quelques éléments de mécanique classique de lycée, peut-être de quelques ajustements einsteiniens, mais qui ne feraient que renforcer la robustesse des conceptions newtoniennes, ultra-majoritaires dans notre imaginaire scientifique collectif, et on pourrait conclure.Mais Béatrice Delaurenti et Nicolas Weill-Parot ont eu l'imprudence de demander à un physicien, quanticien par surcroît, de retracer l'histoire des débats sur l'action à distance, depuis Newton jusqu'à nos jours.L'objet de ce dernier article est donc de montrer d'une part que, loin de clore les débats dans la communauté physicienne, la vision newtonienne a été très discutée, en particulier au XIX e siècle ; et d'autre part comment les deux grandes révolutions de la physique au XX e siècle, les théories einsteiniennes de la relativité et la mécanique 1.Richard Feynman, Ralph Leighton & Matthew Sands, « The Theory of Gravitation », in The Feynman Lectures in Physics, vol. 1, §7, Addison Wesley éd., 1964.En toute rigueur, dans la philosophie médiévale, les anges n'ont pas d'ailes, mais sont définis comme des substances spirituelles séparées.Mais Feynman s'amuse à imaginer des anges newtoniens cachés derrière les planètes et les poussant vers le soleil, quand leurs homologues aristotéliciens voleraient dans la même direction qu'elles pour les pousser dans le sens du mouvement.Accessible en ligne : https://www.feynmanlectures.caltech.edu/I_07.html(mars 2023).2. « Enfin Newton vient, le grand Newton, qui découvre la loi de l'attraction universelle et en déduit la démonstration mathématique des lois de Kepler.» Discours de réception de Marcellin Berthelot à l'Académie Française, 2 mai 1901.Action à distance -art É. Picholle.v. 304 /33 2 quantique, nous ont forcés à revoir en profondeur notre compréhension de l'action à distance, au prix parfois de bricolages conceptuels assez vertigineux, et peut-être soulevé plus de questions encore qu'elles n'en ont résolu…1. L'action à distance après Newton 1.1 Les Principia Ouvrage paradigmatique par excellence, les Principes mathématiques de philosophie naturelle d'Isaac Newton 3 (1687) n'en constituent pas moins un livre profondément ambigu.Un demi-siècle après que les Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo 4 (Galilée, 1632) et le Discours de la méthode 5 (Descartes, 1637) avaient ouvert la voie à une science en langage vernaculaire, donc à une nouvelle génération de savants et même déjà d'ingénieurs laïcs, ils sont écrits en latin.La première traduction anglaise, due à Andrew Motte, n'est publiée qu'en 1729, et la traduction française d'Émilie du Chatelet en 1756.D'autre part, Newton retranscrit délibérément ses démonstrations mathématiques, pour lesquelles il avait inventé le calcul différentiel, dans le langage de la géométrie analytique, sous une forme souvent difficile, voire parfois absconse.Il en va de même des interprétations sous-jacentes, et tout particulièrement en ce qui concerne l'action à distance.Alors même que les Principia suivent une approche ostensiblement axiomatique et s'ouvrent sur une série de huit définitions, dont trois concernent différents types de forces (celle « qui réside dans la matière », vis insita [i.e.l'inertie] ; la « force imprimée », vis impressa ; et la « force centripète », vis centripeta 3a ), l'attraction gravitationnelle, qui fait aujourd'hui la gloire de Newton, n'est jamais explicitement élucidée, ni même nommée, sauf pour se défendre d'employer le terme 6 .La onzième section, « Du mouvement des corps qui s'attirent mutuellement par des forces centripètes », s'ouvre même sur un caveat : Je vais expliquer les mouvements produits par ces forces que je nomme attractions, quoique peutêtre je devrais plutôt les appeler impulsions [Impulsus], pour parler le langage des Physiciens ; mais 3. I. Newton, Principes mathématiques de la philosophie naturelle (Philosophiae Naturalis Principia Mathematica, 1687) ; Paris : Dunod, 2005, trad.É. du Chatelet.(a) pp.3-4 ; (b) p. 122 ; (c) pp.4-5. 4. Galilée, Dialogue sur les deux grands systèmes du monde (Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo, 1632) ; Paris :
La physique newtonienne introduit un espace et un temps continus, mais considère la matière, décrite en termes corpusculaires, comme discontinue. Les théories de la relativité représentent aussi l'espace-temps comme un continuum. La nature de la lumière a été source de discussions depuis avant le XVIIème siècle : est-elle constituée de particules, comme le suggérait Newton, ou bien d'ondes ? Cette dernière conception impliquait cependant l'existence d'un éther électromagnétique, dont les propriétés restaient indéterminées. Telle était la version électromagnétique du débat continu / discontinu. Au début du XIXème siècle, l'interférométrie suggéra de considérer la lumière comme une onde, plus précisément une onde électromagnétique : une victoire de la vision continue. Mais au début du XIXème siècle, la révolution quantique introduisit une vision entièrement nouvelle, qui rendit caduque les descriptions de la lumière en termes d'ondes [classiques] ou de particules. Il fallait la décrire par de nouvelles entités, fonctions d'onde ou champs quantiques. Il apparut ensuite que l'on devait décrire la matière de la même manière. Dans un sens, le débat continu / discontinu était résolu : les deux aspects étaient présents dans la matière ou dans le rayonnement, tous deux quantifiés. Du point de vue mathématique, la situation peut être décrite géométriquement, sous forme de la géométrie non commutative, ou bien algébriquement, par l'emploi d'opérateurs. L'histoire ne se termine pas là. Différents arguments suggèrent que notre description actuelle de la nature n'est pas satisfaisante, et que nous devons chercher une théorie physique plus complète et plus unifiée. La plupart des physiciens estiment qu'elle doit impliquer une quantification de la gravitation, sous une forme ou sous une autre. Celle-ci pourrait se présenter comme une quantification de la géométrie elle-même. Ceci motive une grande part de la recherche actuelle en physique fondamentale, qui considère différentes approches : géométrie quantique, gravité en boucles, réseaux de spin ou réseaux causaux, triangulation dynamiques ... Chacune introduit de nouvelles conceptions de l'espace et du temps, ou ces entités géométriques apparaissent quantifiées ; comme la matière dans la théorie quantique originale, elles incorporent des caractéristiques continues et discontinues. Nous ne savons pas si l'une de ces théories se révélera adéquate. Les travaux continuent.
On sait à quelle hypothèse M. Planck a été conduit par ses re- cherches sur les lois du rayonnement.D'après lui, l'énergie des ra- diateurs lumineux varierait d'une manière discontinue, et c'est ce qu'on appelle la théorie des Quanta.Il est à peine nécessaire de faire remarquer combien cette conception s'écarte de tout ce qu'on avait imaginé jusqu'ici ; les phénomènes physiques cesseraient d'obéir à des lois exprimables par des équations différentielles, et ce serait là, sans aucun doute, la plus grande révolution et la plus pro- fonde que la philosophie naturelle ait subie depuis Newton.Je ne parlerai pas des difficultés de détail, elles sautent à tous les yeux et M. Planck est le premier à s'en préoccuper.Peut-on néanmoins échapper à cette conséquence ?Bien des per- sonnes l'ont pensé; lors du récent Congrès de Bruxelles, M. Nernst m'avait communiqué certaines suggestions ; il pensait qu'on pourrait rendre compte des faits, en supposant que les masses, au lieu d'être constantes comme dans la mécanique classique, au lieu de dépendre seulement de la vitesse, comme dans la mécanique nouvelle fondée sur le principe de relativité, soient dépendantes à la fois des compo- santes de la vitesse et de celles de l'accélération.Ce sont ces suggestions de M. Nernst qui m'ont déterminé à entreprendre ce tra- vail, et je dois dire tout de suite que j'ai été conduit à répondre négativement à la question posée par l'éminent physicien.M. Planck se représente le rayonnement des solides comme dû à un très grand nombre de résonnateurs hertziens.Chacun de ces réson-
Le débat sur l'interprétation de la mécanique quantique est, aujourd'hui, sensiblement différent de ce qu'il était dans la période de «fondation» de cette théorie. Cette modification tient à deux causes : l'ancrage des conceptions quantiques dans la pensée des physiciens, favorisé par l'utilisation systématique et fructueuse de la théorie quantique en physique atomique et subatomique, d'une part et, d'autre part, les développements théoriques et expérimentaux survenus au cours des vingt dernières années, qui ont amené à considérer comme des faits physiques des énoncés qui paraissaient naguère relever davantage de l'interprétation, avec liberté d'options, voire de la spéculation. Quelle est la signification des énoncés et des concepts théoriques de la physique quantique ? et comment celle-ci s'est-elle modifiée ? Qu'entend-on par «interprétation» ? Telles sont les questions qui servent de guide à ce travail. Nous nous proposons de clarifier ce qui, dans les questions de signification, relève respectivement de la physique (essentiellement les contenus conceptuels et théoriques), et de perspectives philosophiques. Cette distinction est plus nette aujourd'hui qu'elle ne l'était au moment de l'établissement de la mécanique quantique, ce qui permet d'approfondir notre compréhension de chacun de ces deux aspects, qui s'enrichissent mutuellement de cette clarification. Nous nous interrogeons, pour terminer, sur ce que peut être une conception réaliste en termes d'un «monde d'objets quantiques».
Après le bouleversement à la fois intellectuel et philosophique qu'ont suscité la théorie des quanta et celle de la relativité restreinte, le vingtième siècle a été confronté au besoin d'approfondir la nature exacte des interactions fondamentales.La contribution du physicien Richard Feynman (11 mai 1918 - 15 février 1988) dans l'étude de ces interactions concerne notre travail. Pour cela Feynman suggéra, avec beaucoup d'audace, la formulation mathématique des intégrales de chemins.Les travaux de Feynman en mécanique quantique à travers la genèse, le développement et la pérennité du concept d'intégrale de chemins constituent l'objet de notre thèse.La thèse est structurée en neuf chapitres:Le premier chapitre se situe entre 1900 et 1941 et concerne la partie historique de la mécanique quantique. Nous trouvons aussi li description d'un panorama complet (1927 à 1941) des problèmes de cette nouvelle physique associée au couplageentre les champs électromagnétiques et les charges électriques au niveau quantique.Le deuxième chapitre se situe entre 1935 et 1939 et correspond à la période pendant laquelle Feynman est étudiant au Massachusetts Institut ofîechnology. Il met en valeur la manière dont Feynman s'est construit, afin de comprendre lanature de l'homme, son mode de pensée et son originalité. Il permet de déceler l'origine de sa motivation en prenant acte de ce qui ne le satisfaisait pas dans les théories quantiques de l'époque.Le troisième chapitre est situé dans la période allant de 1939 à 1941. Il correspond aux années de Feynman à Princeton en vue d'obtenir son doctorat. Nous traçons en détail l'histoire de ses différentes étapes de recherche qui vont peu à peu l'orienter vers la découverte de l'intégrale de chemins en terminant par la manière dont il retrouve en 1941 l'équation de Schrodinger.Le quatrième chapitre montre les réflexions et le travail de Feynman concernant la construction de l'action qui fera l'objet de sa thèse de doctorat présentée en juin 1942 et d'autre part comment il relie la fonction d'onde au Lagrangien afin de voir se dessiner tout naturellement la notion de chemins d'une particule dans l'espace-temps.Le cinquième chapitre couvrant une période allant de 1942 à 1948 est focalisé sur l'idée pour Feynman de bâtir un nouveau formalisme en mécanique quantique, basé sur la construction d'une intégrale comprenant comme variable d'intégration une fonction représentant tous les chemins que peut prendre une particule dans l'espace-temps.Le sixième chapitre concerne les deux importantes publications de septembre 1949 qui consistent en la mise en forme de dessins permettant de visualiser l'intégrale de chemins . Nous montrons aussi la méthode de calcul allouée à ces diagrammes.Dans le septième chapitre, nous examinons les travaux de divers mathématiciens (de 1951 à 2020) qui tentent d'apporter un cadre rigoureux aux intégrales de chemins selon différentes approches.Les huitième et neuvième chapitres sont dédiés à la recherche et à l'étude de la pérennité de l'intégrale de chemins respectivement d'une part à travers la théorie quantique des champs et d'autre part à travers les travaux en mathématique pure pouvant faciliter des connexions entre leurs différentes branches, allant même jusqu'à extrapoler des nouveaux points de vue.
La physique moderne, notamment la theorie des quanta et la decouverte de Max Planck a souleve une serie de problemes tres generaux d'ordre strictement physique, mais qui ont oblige les physiciens a sortir du cadre etroit de leur discipline et a reprendre a leur compte certaines grandes questions philosophiques. N. Bohr, W. Heisenberg, W. Pauli, M. Born, P. Dirac, P. Jordan et J. Von Newmann ont ete les principaux artisans de la mecanique quantique et des partisans de l'interpretation dite de M. Planck, A. Einstein E. Schrodinger et L. De Broglie ont aussi apporte des contributions essentielles a la theorie quantique, en s ' opposant a l' interpretation de Copenhague. Aux yeux de Heisenberg et de Bohr, la naissance de la physique quantique est apparue comme une revolution radicale dans les concepts sur lesquels la description de la Nature avait ete fondee jusqu' alors. Ce fut un nouveau fondement de la science de la Nature selon W. Heisenberg, qui soulignait la rupture reelle dans la structure de la science, voir le changement apporte dans la realite , qui exigeant une reflexion retrospective sur l' ensemble de la science et de la philosophie moderne; et Schrodinger evoquait non sans lyrisme l'attitude passionnante, neuve et revolutionnaire . Cela explique le recours a la philosophie qui a reuni et oppose les differents fondateurs de la theorie quantique. Des philosophes aussi differents que Kojeve, Heidegger, Cassirer, Hermann, Carnap, Reichenbach, Meyerson ou Bachelard ont fait de la physique quantique un sujet central de preoccupation; on trouve dans leurs oeuvres des references explicites a la physique quantique. On se propose de parler ici de Heisenberg qui est de tous les fondateurs de la mecanique quantique celui qui parle le plus et le plus precisement des grecs. Il parle des presocratiques (qu'il lit a travers Nietzsche) de Democrite et de Platon, enfin d' Aristote, qui est a ses yeux, le philosophe qui permet de penser, grâce a la notion de puissance, le probleme de la transition possible a l'acte. Dans ce travail nous allons parler des liens historiques entre la physique quantique et la physique au cours de 1 'histoire. Ces liens sont surement plus interessants pour l'historien que pour le physicien, mais le physicien peut aussi, en s'interessant aux autres anciens, avoir des intuitions qui l'aident a resoudre certaines des problemes qu'il rencontre aujourd'hui
La question de la causalite a ete centrale dans les discussions qui ont accompagne l'invention des nouvelles theories physiques dans les premieres decennies du XXeme siecle, la Theorie de la relativite et la Mecanique quantique. Celles-ci en effet ont remis en cause soit la forme de la causalite physique telle qu'elle etait concue dans le cadre de la mecanique classique, soit meme la pertinence de la causalite comme telle. Or, l'intelligibilite de la nature semblait jusque-la intrinsequement liee a cette forme causale classique, et a plus forte raison a la causalite en soi. On estimait en effet que la causalite classique avait apporte la clarte dans une matiere reputee etre restee confuse chez les philosophes. Les inflexions radicales introduites par les nouvelles theories physiques conduisent donc a questionner l'intelligibilite scientifique, et dans le meme mouvement la nature et la signification de la causalite telle qu'elle est comprise par la science physique. L'etude de l'œuvre de quelques-uns des fondateurs de ces theories fait ressortir que la causalite est dans cette perspective une relation ideale qui a pour fonction d'assurer l'objectivite du discours scientifique. A ce titre, elle ne saurait etre tenue pour une propriete du reel, mais doit etre comprise comme une categorie hermeneutique. Elle opere dans le cadre d'un discours qui se concoit comme une mise en forme de phenomenes, et qui ne trouve de sens que par et dans la negation d'un ordre en soi de la nature.