En quelques années, les Émirats arabes unis ont bâti un écosystème quantique de premier plan, porté par le Technology Innovation Institute et des accords avec Quantinuum, IonQ ou Space42. De la cybersécurité post-quantique à la finance en passant par les communications par satellite, Abu Dhabi affiche une ambition scientifique désormais mondiale.
En quelques années, les Émirats arabes unis ont bâti un écosystème quantique de premier plan, porté par le Technology Innovation Institute et des accords avec Quantinuum, IonQ ou Space42. De la cybersécurité post-quantique à la finance en passant par les communications par satellite, Abu Dhabi affiche une ambition scientifique désormais mondiale.
REE N°2/2018 Z 1 J ’ai souhaite placer cet editorial sous le signe des tech- nologies quantiques car celles-ci figurent aujourd’hui parmi les thematiques scientifiques qui progressent extremement rapidement. Elles se sont recemment illus- trees par des realisations encore inimaginables il y a seulement cinq ans, permettant d’esperer des retombees technologiques a plus ou moins long terme dans des domaines aussi divers que l’instrumentation pour la navigation, le calcul haute performance, la cryptographie ou la simulation des proprietes de la matiere. La Chine se veut leader mondial, apres un succes fortement me- diatise de communication quantique dans l’espace. Les Etats-Unis ne sont pas en reste puisqu’IBM fait figure de precurseur dans la course au calculateur quantique et que les GAFA suivent de tres pres ces derniers developpements. Comment se situent la France et l’Europe dans ce contexte tres evolutif ? Depuis 2017, l'Union europeenne, avec des moyens qui sont certes limites, deploie le Quantum technologies flagship dote d’un milliard d’euros. Sur le plan francais, les industriels Atos et Thales s’interessent de pres au d
Le développement de technologies quantiques nécessite de nombreux éléments, et chaque écosystème déploie des solutions différentes afin de répondre aux défis locaux et nationaux. Sherbrooke bâtit une expertise quantique qui fait aujourd’hui figure de modèle. Adossé à l’Institut quantique de l’Université de Sherbrooke, l’écosystème s’appuie sur une chaîne d’innovation intégrée, incluant recherche fondamentale, prototypage et fabrication. La désignation de DistriQ comme zone d’innovation quantique en 2022 a institutionnalisé cette ambition, attirant des acteurs internationaux tels que Pasqal, et propulsant des champions comme Nord Quantique. À contre-courant du recul canadien en matière d’innovation, le Québec concentre 37 % des start-ups quantiques nationales, et forme un quart des diplômés canadiens du secteur. Un leadership à consolider par des investissements patients, un soutien aux phases critiques de transition technologique, et des alliances stratégiques, notamment avec la France.
La Chine s’est imposée en deux décennies comme l’un des principaux pôles mondiaux des technologies quantiques. Dans cet article, nous examinons les ressorts de cette ascension, et montrons comment Pékin fait du quantique un levier de souveraineté technologique, de développement industriel et de modernisation militaire, sur fond de rivalité accrue avec les États-Unis. Fondée sur un pilotage étatique étroit, une forte mobilisation des acteurs publics et une intégration civilo-militaire poussée, la stratégie chinoise vise à structurer une filière nationale articulée autour de clusters régionaux capables d’accélérer l’innovation et d’accroître l’auto-suffisance technologique du pays. Notre article met en lumière l’avance chinoise dans les communications quantiques, les progrès rapides en informatique et capteurs quantiques, et les ambitions militaires associées. Nous soulignons, enfin, les limites persistantes du secteur, entre dépendances extérieures, fragmentation des politiques publiques, retards dans certaines applications commerciales et pénurie de talents.
La France a investi de manière significative dans le domaine de l’information quantique, et tout particulièrement dans les recherches visant à la réalisation d’un ordinateur quantique ( quantum computer , QC). Quoique l’effort français semble modeste par rapport à celui des US ou de la Chine, la France dispose d’une communauté de physiciens quantiques et d’informaticiens de niveau mondial, qui permet de jouer dans les premiers rôles qualitativement. La recherche française n’a pas à rougir de son positionnement dans le monde, même si les mesures bibliométriques purement quantitatives semblent lui accorder un rôle secondaire. Les cinq start-ups françaises, financées sur des technologies différentes, ont des résultats intéressants à l’échelle mondiale et emploient des scientifiques de haut niveau. Il est encore trop tôt pour déterminer quelle technologie va l’emporter, chacune ayant ses difficultés propres.
Portée par une concentration scientifique unique autour de Paris et de Paris-Saclay, la Région Île-de-France s’est imposée en quelques années comme un hub incontournable des technologies quantiques. Recherche de rang mondial, infrastructures de calcul et de communication de pointe, dispositifs innovants comme le Pack Quantique et le DIM QuanTiP : autant d’atouts qui ont attiré une dizaine d’acteurs internationaux tout en nourrissant une compétition intense pour les talents avec les champions locaux. Dans un paysage européen où Delft, la Bavière et Grenoble jouent aussi un rôle de premier plan, l’Île-de-France doit conjuguer leadership , coopérations et exigences de souveraineté pour rester au cœur de la seconde révolution quantique.
Alors que la maturité des technologies quantiques s’accélère, leur déploiement se heurte à un paradoxe : plus les solutions sont innovantes (qubits supraconducteurs, ions piégés, photoniques…), plus leur fragmentation menace leur adoption par manque de préparation du marché. Face à ce défi, l’Europe et la France font de la normalisation volontaire un levier d’accélération, bien avant la maturité commerciale. Pourquoi ? Parce que les normes deviennent, pour les innovations de rupture, des catalyseurs de marché. Dans cet article, nous décryptons comment la normalisation ex ante peut soutenir les investissements, structurer le marché et imposer des standards européens avant que les géants américains ou chinois ne verrouillent le jeu. Une stratégie offensive de l’Europe via les comités techniques joints européen (CEN-CLC JTC 22) et international (IEC/ISO JTC 3) doit émerger pour assurer une diplomatie technique mondiale, dans laquelle la France se positionne en première ligne.