Comment entrevoir la « réalité » dans la science contemporaine à partir du moment où l'objet à observer n'est plus visible, à l'exemple de la physique atomique ? En comparaison avec celle-ci, comment situer la réalité dans la psychanalyse
Gaston Bachelard (1884-1962), philosophe français, a suivi une période de ruptures, c'est-à-dire celle des changements conceptuels et méthodologiques de la physique contemporaine. Il est l'un des penseurs majeurs ayant présenté d’importantes analyses pour la compréhension de l'atomistique contemporaine. Cet article met en lumière ses principales réflexions philosophiques sur les fondements de la mécanique quantique. Pour cela, il mobilise des concepts centraux de son épistémologie sans lesquels ses idées deviennent incompréhensibles. Ainsi, cet article se propose de mettre en évidence comment la physique rompt avec les idées scientifiques et philosophiques traditionnelles dans la première moitié du XXe siècle, présentant un nouvel objet de connaissance, à savoir les corpuscules quantiques. Afin de caractériser la philosophie de la physique quantique bachelardienne, nous mettons en évidence, après l’auteur, la nature des particules atomiques, comment est constituée l'activité scientifique de cette science dans la création de nouveaux phénomènes et son rationalisme appliqué comme posture philosophique la plus adaptée. Enfin, il est souligné dans ce travail combien les idées de Bachelard diffère des autres interprétations de la mécanique quantique.
La pensée physique - et, jusqu'à un certain point, la pensée mathématique, du moins géométrique - s'est toujours appuyée sur la notion d'espace, comme par exemple le concept de dimension spatiale qui a donné l'idée de grandeur physique mathématisée. Jusqu'à la théorie de la relativité générale, celle-ci comprise, les conceptions des systèmes physiques et des phénomènes dont ils sont le siège ou l'origine ont été tributaires d'une pensée de l'espace, et ces phénomènes et ces systèmes sont, en général, pensés dans l'espace, même s'ils ont contribué à modifier la pensée de l'espace et s'ils ont obligé à reformuler notre «intuition spatiale». La physique quantique a remis en question cette certitude tranquille en mettant la pensée de l'espace et dans l'espace devant le dilemme suivant : ou bien garder le concept d'espace physique dans le sens précédent qui nous semble naturel et renoncer à l'idée que les «systèmes quantiques» pourraient être représentés directement dans cet espace comme des systèmes dotés de propriétés qui leur soient propres ; ou bien admettre que cela a un sens de parler de systèmes quantiques ayant des propriétés et enlever à l'espace son rôle premier dans la représentation de ces systèmes. En prenant ce second point de vue, on est amené à penser la physique autrement que «dans l'espace» au sens habituel ; et cependant, on a toujours, à un moment ou à un autre, à envisager les systèmes physiques quantiques en référence à cet espace, qui est celui des corps macroscopiques et du cosmos dans son état actuel. Se demander comment une telle pensée est possible amène donc en même temps à s'interroger sur le rapport entre le monde quantique et l'espace physique de notre expérience. Cette interrogation passe par un inventaire des modifications du concept d'espace requises par la description physique des systèmes quantiques. On concluera en évoquant l'idée d'une émergence du concept d'espace à partir des phénomènes quantiques, tant du point de vue épistémologique (émergence d'un certain niveau de réalité à partir de niveaux sous-jacents) que du point de vue cosmogénétique (formation et expansion de l'espace physique des objets macroscopiques).
1. L'EXPLICATION PAR LES OBJETS Nous ne pouvons penser, ou plus généralement agir, sans nous appuyer sur la considération d'objets, ce terme devant être pris ici dans son acception la plus générale, et désignant aussi bien des objets abstraits par exemple (objets mathématiques, relations), ou même des objets logiques (propositions, opérations logiques, etc.), que des objets soumis plus ou moins immédiatement à notre expérience sensible (faits et choses). Ce sont eux que vise notre besoin d'explication, et en même temps ce sont eux qu'il utilise, qu'il s'agisse de la connaissance la plus vulgaire ou de la iplus évoluée. Chaque objet comme tel possède une individualité significative constituée par l'union de propriétés caractéristiques et douées d'une certaine permanence, par exemple pour les objets matériels la propriété d'être localisés dans telle partie de l'espace. Distinguer un objet, c'est donc à la fois introduire une certaine discontinuité dans le monde extérieur, et affirmer une certaine continuité dans les limites du découpage ainsi effectué; trouver une explication consiste à opérer de nouvelles différenciations à l'intérieur de ce continu, grâce à des comparaisons entre les objets, à le définir comme composant ou composé d'autres objets.